Conséquences économiques: Trump contre Zelenski

A propos

Différents types de commentaires ont inondé les médias à la suite d’une conférence de presse explosive de Donald Trump et de Vladimir Zelenski du 28 février 2025. Regardons cet évènement en incluant les aspects psychologiques, stratégiques et économiques.

Ce qui était le plus surprenant ce n’est pas la visite de Zelenski à la Maison-Blanche, ni même la situation sans précédents, où un président a poliment demandé à un autre président de quitter les lieux et de ne plus y retourner. Cela n’a probablement jamais été le cas dans l’histoire, mais nous vivons la fin de l’histoire, où tout peut arriver pour la première fois.

Ce qui était assez préoccupant c’est la réaction nerveuse de beaucoup de médias à l’événement qui s’est produit dans le cabinet Ovale, et leurs propos amusants sur le fait que Trump, étant un formidable négociateur qui a piégé Zelenski, a maintenant lancé son grand jeu grâce auquel il peut se libérer de ses obligations envers la Russie. Ou, les arguments aussi pertinents mal à propos des principaux médias français voyant partout la fameuse « main de Moscou » : « ANALYSE – Malgré les efforts de la France et du Royaume-Uni, Donald Trump ne cesse de s’éloigner de l’Ukraine. Un basculement dont le Kremlin est le grand gagnant et l’un des artisans souterrains. »

La psychanalyse d’une scène contre une analyse historique

Comprenons certaines choses. Tout d’abord, Trump est certainement un excellent négociateur, autrement il n’aurait jamais devenu le Président des États-Unis d’Amérique. Deuxièmement, n’oublions pas le fait que, par exemple, Zelenski est un acteur qui a fait une belle carrière, malgré ses études supérieures de droit. Vous pensez sérieusement qu’il est un mauvais négociateur ? Vous pensez réellement que chacun des présidents a mal joué le rôle qui lui ait été attribué dans cette scène ? C’est assez amusant de le croire.

On peut argumenter que Zelenski était, probablement, sous beaucoup de pression liée à sa situation et que son expérience n’a pas d’importance, car ici nous ne sommes plus sur une scène théâtrale. Et que de son côté, Trump sentait, probablement la tension liée à ses discussions préalables avec les représentants russes. Toutefois, il serait pertinent de ne pas faire passer la psychanalyse d’un tel ou tel président pour une analyse historique.

Essayons de comprendre des évidences. Tout d’abord, du point de vue de Trump, le conflit en Ukraine est un évènement important, significatif, entrant en grande partie dans sa campagne électorale. Mais, en même temps, c’est une situation assez latérale, secondaire pour lui. En regardant à partir de l’Europe, les européens considèrent que tout dans ce monde tourne autour du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Pour Trump qui représente un pays occupant une grande partie de l’hémisphère ouest, c’est n’est que l’une de très nombreuses questions qui est loin d’être prioritaire.

En conséquence, considérer que son but est de créer une combinaison assez complexe, afin de manipuler, en quelque sorte, Zelenski et d’améliorer ou d’aggraver la situation de la Russie, est assez ridicule. Trump, comme il l’a montré à plusieurs reprises, avance de manière assez simple et droite pour atteindre ses objectifs. Et il les a atteints. Il a confirmé qu’il ne soutiendra plus le conflit ukrainien.

L’ambassadeur infiltré

Mais, il y a un autre côté des évènements où tout devient un peu plus intéressant, et où nous arrivons à comprendre ce qui s’est réellement passé, pourquoi il y avait une telle réaction à la fin de cet évènement médiatique du 28 février. Cette réaction de Trump aux propos de Zelenski était forte et naturelle. Le problème est le suivant : Zelenski est allé aux États-Unis pour une raison précise, et Zelenski n’est pas allé en Amérique de lui-même.

Trump n’est pas un homme fondamentalement méchant, il comprend la pression qui pèse sur un président dont le pays est en guerre, ce qui est le cas de Zelenski. Et, dans ces circonstances il ne l’aurait pas trainé dans la boue, il ne le ferait tout simplement pas. Il faut se rappeler que Trump est chrétien, et un tel comportement ne serait pas conforme à la morale.

Mais Zelenski n’est pas allé aux États-Unis de sa part, Zelenski est allé aux États-Unis de la part de l’Europe. En fait, il a apporté l’ultimatum de l’Europe à Trump. Et c’est la seule façon de comprendre son voyage. Zelenski a obtenu le soutien de Macron, Scholz. Von Der Leyen et d’un certain nombre d’autres dirigeants européens. Ayant ce soutien, il a effectivement apporté un ultimatum à Trump, et cet ultimatum ne venait pas de l’Ukraine.

La réponse du président

Même si l’Europe n’a pas été mentionnée dans les négociations, Trump, étant un homme intelligeant, a tout compris. Il a dit : vous m’avez présenté un ultimatum de l’Ukraine, mais vous n’êtes pas dans la position de parler de cette façon. Ici Zelenski aurait pu répondre qu’il représente un tiers qui n’est pas son pays. Dans ce cas les foudres de Trump auraient été envoyées ailleurs. Mais dans cette situation Zelenski a agi en tant que politicien aisé, il n’a pas dévoilé les noms de ses garants. Néanmoins, Trump a tout bien compris.

Et ce n’est pas Zelenski, mais c’est l’Europe que Trump a trainé dans la boue. Et c’est l’Europe qu’il a expulsé de son bureau Ovale. Ce qui a été le plus important dans cette situation c’est la relation de Trump avec l’Europe, non pas avec Zelenski ou même avec Poutine. Très clairement, l’Europe a lancé un ultimatum du type « Vas-tu te battre à nos côtés ? ».

Maintenant rappelons-nous le mot que Zelenski a adressé à J.D. Vance et reformulons son message : « Tu vas te battre à nos côtés (insérons le mot utilisé par Z ), ou tu vas voir ce que tu vas voir ! » Ce à quoi Trump a répondu : sortez d’ici ! Oui, cela peut tourner mal pour moi, mais c’est vous qui allez pâtir bien plus.

Le véritable contenu de tout ce qui s’est passé dans le cabinet Ovale le 28 février 2025 c’est le conflit entre l’Europe et les États-Unis. Zelenski dans ce cas est un simple figurant, et les intérêts de la Russie dans cette situation n’ont pas beaucoup d’importance. Oui, dans certaines positions Trump jouera la carte de la Russie contre l’Europe, comme dans d’autres situations il jouera la carte de la Chine contre la Russie. Trump, est le Président américain, il n’est pas pro-russe, mais en ce moment il est très anti-européen.

Le point de non-retour ?

Maintenant, la question est, qu’est-ce qui a changé dans le conflit russo-ukrainien depuis le 28 février ? Écoutez attentivement Trump : « Européens, vous n’avez pas les ressources pour une longue guerre. La guerre sans l’aide de l’Amérique ne vous plaira pas. Il n’y aura plus d’aide de l’Amérique. »

Cela signifie que nous avons fait un petit, mais significatif pas vers la paix.

La seule question qui reste ici est extrêmement simple : est-ce que Zelenski reviendra vers Trump dans une semaine en mode chien battu avec les mots « tout le monde m’a mal compris, et les journaux n’ont pas compris, et la télévision n’a pas compris, et Trump n’a pas compris… » Certains affirment que le comportement de Trump s’appuyait sur cette hypothèse. Il est fort probable que Trump essayait simplement de savoir si une situation de normalisation des relations avec l’Europe était possible en mettant fin au conflit entre l’Ukraine et la Russie. Il a découvert que non, qu’il est inutile de discuter ce sujet avec Zelenski et, apparemment, également avec Macron et d’autres dirigeants européens.

Le plus probablement, une nouvelle rencontre de ces deux présidents n’aura pas lieu. Il y a de fortes chances que l’on laisse entendre poliment à l’Ukraine que les Etats-Unis sont prêts à négocier avec tout autre politicien ukrainien. Cela servira d’épreuve permettant de vérifier si l’Ukraine a gardé l’instinct de survie nationale. Parce que si les Ukrainiens croient sérieusement qu’après que Trump ait chassé Zelenski de la Maison-Blanche, l’Amérique se rebellera contre Trump, cela signifie une folie et une perte de l’instinct national de survie.

Les conséquences du nouveau conflit

Quelles peuvent être les conséquences de renforcement du conflit entre les États-Unis et l’Europe ?

Tout d’abord, le conflit entre les États-Unis et l’Europe s’intensifiera de toute façon. Seulement Trump, en tant que politicien intelligent et homme d’affaires avisé, vérifiait s’il était possible d’obtenir la résolution des problèmes existants, de conclure un accord ou « make a deal » comme il l’a formulé, sans aggraver le conflit. Il tentait de le faire en expliquant à l’adversaire sa situation et en négociant les conditions de paix relativement saines. Il s’avère qu’il n’y est pas parvenu.

Un autre sujet c’est la division des ressources de l’Europe entre les intéressés, dont le principal est les États-Unis. Et l’Europe comprend également cette situation. Les discussions qui viennent actuellement de la part de l’Europe sont menées par des personnes qui n’ont pas ou n’auront bientôt plus de pouvoir. Ces personnes le comprennent également. La seule chose qu’elles peuvent faire, c’est de taper du poing sur la table et dire : « Je ne me serais jamais aligné avec les États-Unis et leur politique militariste et expansionniste. Je me serais battu, mais, malheureusement, les électeurs ne m’ont pas soutenu. » C’est ce qui va se passer en Europe.

C’est pour cette raison que le renforcement du conflit entre les États-Unis et l’Europe ne représente aucune menace pour le reste du monde. Nous allons voir le développement de la même histoire.

Un deuxième sens profond

Toutefois, il existe un deuxième sens très intéressant dans la situation dont nous parlons maintenant. Le fait est qu’ils existent différents types d’erreurs. Il y a des erreurs de communication qui peuvent surgir même dans la diplomatie. Elles sont rares, les diplomates apprennent à ne pas le faire. Il y des erreurs situationnelles, quand une personne prenne la mauvaise décision dans une situation donnée. Et cela aurait pu être le cas de Zelenski. Après tout, il n’est pas diplomate professionnel. Il pouvait s’énerver, il pouvait se conduire de manière peu adéquate sous l’influence des substances illicites consommées.

Néanmoins, regardez les réseaux sociaux ukrainiens, qui à la suite des évènements du 28 février ont commencé à dire que maintenant toute l’Amérique va se rebeller contre Trump. Ces influenceurs n’étaient pas sous la pression du rôle d’un président en cours de négociations à la Maison-Blanche, et il est peu probable qu’ils aient tous consommé de la drogue. C’est précisément le signe de la perte totale de la perception de la réalité par les élites dirigeantes et informationnelles du pays.

Mais aujourd’hui il ne s’agit même pas de cela. Après tout, c’est également une erreur situationnelle, et elle peut également être résolue.

Il y a une chose qui a réellement blessé Trump, l’a offensé en tant qu’homme, en tant que politicien, et, dans une certaine mesure, en tant que chrétien, protestant, comme il l’est. Le problème est très simple. Après l’échec de l’attentat contre Trump qui a eu lieu en juillet 2024, tout le monde a compris : le Seigneur a fait son choix et il ne faut pas prétendre qu’ils restent encore des questions concernant les résultats des élections présidentielles. Le résultat de l’élection a été déterminé le jour même de l’attentat. Néanmoins, l’élite transnationale de l’Amérique, au nom de laquelle le parti démocrate a joué, ne parvenait pas à comprendre que tout déjà été perdu. Remarquons ici que Biden s’est immédiatement distancié d’eux, mais Kamala Harris ne l’ait pas faite.

La stratégie de la défaite

L’approche stratégique des évènements a une spécificité : si vous perdez, essayez de le comprendre, et d’admettre votre défaite le plus tôt possible, en sauvant ce qui peut être sauvé. Or les opposants de Trump n’ont pas choisi cette voie, Ils ont amené la situation jusqu’aux élections, et ont perdu non seulement le poste de Président et la Cour Suprême, mais également les deux chambres du Congrès, ce qui est exceptionnel. Après cela ils ont reculé vers l’Europe, où on leur a dit la même chose : essayez de comprendre, vous avez perdu aux États-Unis, et vous avez perdu en Ukraine ; commençons les négociations tant que vous avez encore quelque chose à négocier.

Mais ils ont répondu : non, nous continuerons, nous nous battrons jusqu’au bout ; nous considérons que Trump est un fruit du hasard et qu’il ne pourra pas jouer à ce jeu. Nous continuerons à nous battre jusqu’au bout.

Trump dit : vous avez déjà perdu l’Amérique, vous avez déjà perdu l’Ukraine, vous avez déjà perdu votre économie, vous avez largement perdu le soutien des électeurs. Où voulez-vous continuer à vous battre ?

En guise de réponse ils ont envoyé Zelenski, et Trump l’a pris comme une déclaration de guerre. C’était non pas la déclaration de guerre de la part de l’Europe, mais la déclaration de guerre des élites transnationales à lui personnellement. Et c’est pourquoi le 28 février il a eu une réaction si dure et violente. Il aurait pardonné le reste, mais ces gens ont organisé un attentat contre lui. Trump est un homme courageux, mais personne n’aime se rappeler le sifflement d’une balle à un centimètre de sa tempe. Et ils l’ont forcé à se rappeler à nouveau cette situation.

Par conséquent, il est très probable qu’aux prochaines négociations qui vont certainement avoir lieu, viendra quelqu’un d’autre que Zelenski. On ne sait pas comment cela sera organisé, mais les négociations suivantes vont avoir lieu, car après l’incident du 28 février, cette affaire est devenue également personnelle pour Trump.

Les conditions américaines

D’un point de vue psychologique, toute cette situation aurait pu être gérée de manière beaucoup plus polie et politiquement correcte, comme c’était le cas avant. Mais la déclaration de guerre de la part des élites transnationales à Trump personnellement crée une autre situation. En tant qu’homme courageux, Trump va répondre quelque chose comme : « Voyons les gars, vous voulez la guerre, eh bien, vous l’obtiendrez ; mais alors, désolé, n’y soyez pas vexés. »

Cela va devenir très intéressant. Il ne faut pas croire que Trump va se battre contre l’Europe. Mais le fait que l’Europe se trouve maintenant dans un régime extrêmement désavantage est évident. Trump va certainement jouer le jeu déjà utilisé par Poutine qui, au cours de l’une de ses interviews a utilisé la phrase suivante en répondant à une réplique qui mentionnait le fait que la Russie est entourée de pays hostiles : « Arrêtez de parler de pays hostiles. La Russie n’a pas de pays hostiles, elle a des gouvernements hostiles. »

Nous allons certainement entendre de la part de Trump quelque chose comme : « Quelle Europe hostile ? Nous aimons et apprécions l’Europe, beaucoup d’européens sont nos partisans. Mais en Europe il y a des dirigeants hostiles qui se sont permis de remplacer la position des européens par leur propre avis en violant tous les principes démocratiques. Regardez ce qui s’est passé avec la Roumanie ou avec l’Ukraine. Et ces dirigeants, oui, bien sûr, nous sont hostiles, et nous allons certainement les faire remplacer. »

Ce sera un jeu, il ne faut pas penser que c’est une lutte sérieuse. Néanmoins, il est clair que les prochains gouvernements qui vont arriver au pouvoir en Europe et qui vont conclure avec les Etats-Unis des accords importants concernant le personnel, les technologies, les entreprises, le feront conformément aux conditions imposées par les américains, avec les tarifs dictés par les américains, etc.

Les coûts de la perte

Ainsi, le 28 février 2025, l’Europe, à travers Zelenski, a perdu face aux Etats-Unis. Mais les dirigeants européens espèrent encore. Toutes les conversations, les déclarations publiques dans la presse, parlant de l’unité de l’Europe en elle-même et de l’unité européenne avec l’Ukraine, ce sont des conversations rassemblant aux grandes feuilles de salade distribuées à la population.

La perte de l’Europe est perceptible. Et Trump l’a exprimé très clairement : hier encore la situation, où Zelenski perd et paye sa défaite avec une partie du territoire ukrainien, et où tout va bien avec l’Europe était encore possible. Aujourd’hui, la situation est différente. Aujourd’hui les perdants sont non seulement l’Ukraine et Zelenski, mais également l’Europe. Et c’est là changement réel de situation qui s’est produit le 28 février. Certains appellent Zelenski un clown, mais ce n’était pas ni son voyage, ni sa politique. Qui pourrait estimer les futurs dommages de l’Europe liés à ces évènements ?

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